Votes 0 avisPartager   Facebook    Twitter    Emailmercredi 21 mars

Xavier Dorison : «J’adore les brutes au grand cœur !»

En l’an 800, une terrible créature sème la désolation dans les fjords. Asgard, le chasseur de monstres, se lance dans une traque effrénée, en compagnie d’une troupe hétéroclite. Xavier Dorison, le scénariste (à droite sur notre photo), et Ralph Meyer, le dessinateur (à gauche), reviennent sur cette épopée viking au souffle puissant, prévue en deux tomes.

Xavier Dorison, après «Le troisième Testament», «W.E.S.T.» ou «Long John Silver», vous abordez un nouvel univers. Pourquoi la Scandinavie ?

J’avais depuis longtemps envie d’imaginer une sorte de «Moby Dick» chez les Vikings. J’avais des images de fjords, de lacs désolés, de pluie, de navires sortant des brumes…

Asgard, c’est le nom du royaume divin des Vikings, mais il évoque aussi le capitaine Achab, de «Moby Dick»…

Cela tombait bien, oui. Mais une des énormes différences entre Asgard et Achab, c’est que ce dernier a été une victime directe de Moby Dick et cherche une vengeance. Asgard, lui, est devenu un grand guerrier, mais il est né handicapé, une jambe coupée au niveau du genou. C’est un «skräeling». Et selon la loi viking, il aurait dû être tué dès la naissance, sans être nommé. Son père a donc commis une sorte de parjure en lui laissant la vie et en l’appelant par le nom du royaume des dieux, pour se venger d’eux. On se retrouve avec un personnage qui ne pouvait accepter sa naissance, sa nature-même. Il est en rébellion contre lui et le destin qui l’a fait naître tel qu’il est.

Vous êtes-vous inspiré de cette autre grande saga viking qu’est «Thorgal» ?

J’ai lu tout le travail de Jean Van Hamme (scénariste de Thorgal, ndlr), grâce à qui je suis arrivé à la BD franco-belge. Je suis très heureux de pouvoir m’en inspirer pour créer mes propres histoires. À une époque, il avait été question que j’écrive un scénario dans l’univers de Thorgal, autour d’un de ses personnages qui aurait pu être Arghun Pied-d’Arbre (à qui il manque également une jambe, ndlr). Maintenant, «Thorgal» se déroule dans un univers viking, mais traite d’extraterrestres, de fantastique, de merveilleux, de rêve… L’univers d’«Asgard» est beaucoup plus réaliste, documenté. Les hypothèses fantastiques sont beaucoup moins grandes.

Vous connaissiez déjà l’univers viking avant «Asgard» ?

J’étais ceinture blanche complète ! Ce qui est le cas quand j’aborde 99 % des histoires sur lesquelles je travaille. Un scénario c’est un lieu, une époque. Alors on surfe d’abord sur Internet, on achète des livres, on se rend en bibliothèque, on consulte des gens qui connaissent et on en profite pour se cultiver en même temps.

En général, vos héros sont peu sympathiques de prime abord. Pourquoi ?

L’idée de la brute au grand cœur ne date pas d’hier ! Mais j’ai une vraie affection pour ces personnages un peu rude d’aspect, un peu «clint eastwoodien», ces héros cinquantenaires aux cheveux blancs. Il faudra que j’y fasse attention, d’ailleurs, pour varier un peu (rires)… Le principe scénaristique veut que les gens ne soient jamais ce qu’ils ont l’air d’être. Par définition, si je veux montrer un personnage que j’aime et qui a de vraies qualités de cœur, je ne vais pas commencer par le montrer actif dans une association caritative ! On a tous envie de découvrir que les gens ne sont pas ce qu’ils ont l’air d’être, particulièrement dans les histoires.

Mais vous adorez aussi jouer avec les mythes fondateurs des civilisations…

J’essaie toujours le plus possible de mélanger du particulier et du général, du politique et de l’individuel, de faire côtoyer le drame et l’humour. Ici, l’idée était d’avoir une trame principale centrée sur l’histoire de ce chasseur de monstres, et de mettre en reflet une histoire symbolique, celle du serpent-monde et de la fin de l’univers d’Asgard. Puis de mettre en parallèle la chute de la civilisation viking, victime de son appétit pour l’argent, les esclaves et les razzias. Ces trois lignes narratives vont faire écho les unes aux autres au cours du diptyque. J’aime bien donner plusieurs niveaux de lecture à une histoire.

Pensez-vous qu’il reste encore des territoires scénaristiques vierges à explorer ?

La mort du père sera toujours la mort du père, et elle existe depuis les Grecs. En revanche, en filmant ou en écrivant sur la mort du père, on pourra toujours réinventer autour d’une réaction humaine spécifique, autour de ce sur quoi nous fixons notre attention. La larme de la fille, celle du père, les deux mains qui se lâchent, le soleil qui se couche, ou au contraire la pluie… Les situations et les gens continueront à se répéter. Mais le regard qu’on a sur eux, lui, à mon avis, pourra constamment évoluer et conserve un potentiel énorme. Les sociétés ont besoin de renouveler leurs histoires, leurs mythes, pour transmettre de nouvelles façons de voir les choses.

La sortie du 2e volume est déjà prévue ?

Oui, il sera publié d’ici un an. Ralph (Meyer, le dessinateur, ndlr) a déjà dessiné quelques pages.

Aviez-vous pensé directement à lui pour dessiner «Asgard»?

Cela a toujours été lui. Nous avions très envie de retravailler ensemble après «XIII Mystery - La Mangouste» (paru en 2008, ndlr). Et d’ailleurs, nous avons un nouveau projet commun pour la suite ! Pour «Asgard», j’ai écrit le premier tome en trois mois et demi-quatre mois (il faut ajouter deux bons mois pour le tome 2, puisqu’il y a moins de documentation, moins de développement). Dès le départ, j’ai parlé à Ralph de l’idée, de la vision que j’en avais. Nous avons réfléchi tous les deux, puisqu’il est comme toujours associé à chaque étape du projet. Ralph a ensuite mis un petit peu plus d’un an à dessiner le premier tome et à le mettre en couleurs.

Outre vos scénarios BD, vous êtes également actif au cinéma et à la télé. Comment gérez-vous ces différentes casquettes ?

Je travaille beaucoup, mais je connais des dirigeants d’entreprise qui travaillent plus que moi ! Je gère en prenant le temps, en m’astreignant à passer beaucoup de temps sur chaque projet. Chacun doit être écrit dans une réflexion spécifique au média. On n’écrit pas de la même façon pour la BD que pour la télé. En ce moment, j’écris un nouveau film avec Fabien Nury (avec qui il avait cosigné le scénario des «Brigades du Tigre», sorti en 2006, ndlr) et en même temps j’écris une BD. C’est juste une question d’organisation, mais la clé, c’est de comprendre que cela ne peut pas se faire vite. Cela demande du temps, du travail et de la documentation. Pour la télé, j’ai coécrit il y a trois ans, toujours avec Fabien Nury, un scénario dont le titre était «Pour toi, j’ai tué» (avec Natacha Régnier et Jean-Pierre Lori, ndlr). Fabien était le scénariste principal, j’étais son adaptateur. Le téléfilm vint d’être tourné en décembre et janvier dernier. Il est en montage et j’espère qu’il sera diffusé (sur France 3, ndlr) cette année encore.

Une dernière question, y a-t-il une chance de voir débarquer «Le Troisième Testament» au cinéma ?

Il a déjà été optionné deux fois, par Warner et Europa. Cela se fera peut-être… En fait, beaucoup de mes projets ont été achetés par le cinéma.
Entretien : Julien BRUYÈRE

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Ralph Meyer : «Retranscrire le milieu naturel hostile»

Comment vous êtes-vous retrouvé associé au projet «Asgard» ?

Nous avons eu cette première collaboration sur le XIII Mystery et nous nous sommes très bien entendus. L’envie de remettre le couvert était là, il fallait juste trouver l’idée qui nous emballe tous les deux. Quand Xavier m’a parlé de ce projet viking, j’ai été vite excité par la chose qui me permettait de quitter un peu mes habitudes, d’arrêter de dessiner des immeubles, des voitures, bref, des environnements urbains.

Comment vous y êtes-vous préparé ?

Quand j’ai lu la première mouture du scénario, j’ai eu des réminiscences de mes lectures d’enfant de Jack London. La sensation de froid, le milieu naturel hostile, qui m’avaient beaucoup marqué. Ce sont ces choses-là que j’ai tenté de retranscrire. J’ai essayé de faire sentir le caractère hostile des fjords, le vent, le froid… La documentation photographique prise sur le Net ou ailleurs m’a permis de visualiser ces fjords et ce que je pouvais en faire.

La vision que vous aviez du personnage d’Asgard correspondait-elle à celle de Xavier ?

Non, sa vision graphique était à l’origine assez loin de la mienne. Il a donc fallu procéder à quelques concessions pour arriver au résultat que vous avez dans l’album. Et qui correspond bien au caractère du héros. Personnellement, je vais avoir tendance à aller vers des personnages esthétiquement beaux, et Xavier m’a un peu bousculé là-dessus, ce n’était pas plus mal. Cela m’a enrichi, ainsi que l’album.

Quel regard portez-vous sur ce héros ?

Il n’a pas l’air super sympa, mais c’est avant tout un homme en colère. Et c’est cette colère qui crée de l’empathie. Au-delà des aventures physiques, une vraie transformation va aussi s’opérer en lui. Cela m’excitait beaucoup de la mettre en images.

Avez-vous ressenti une influence de la saga «Thorgal» ?

Quand on parle d’univers viking en BD, la référence, c’est Thorgal et il n’y en a pas vraiment d’autre. Inévitablement, la comparaison va être faite. En tant qu’ado, c’est une lecture que j’ai adorée. J’ai relu tous les albums, mais ils ne sont pas une référence et il n’y a pas de volonté non plus de s’en éloigner le plus possible.

Comment travaillez-vous ?

Par séquence, comme ça je maîtrise bien la mise en scène. J’envoie alors les séquences conclues à Xavier pour en discuter et éventuellement trouver des solutions encore plus efficaces. Nous portons le projet ensemble du début jusqu’à la fin. C’est un projet vivant.

Et pour les couleurs ?

Je les réalise avec mon épouse depuis quelques albums, déjà. Le travail est entièrement réalisé sur Photoshop, même si j’ai essayé d’aller sur le côté brutal de l’univers d’«Asgard» pour qu’on ressente le numérique le moins possible.

Quel temps cela vous prend-il de coloriser un tel album ?

Deux bons mois, voire un peu plus. La colorisation est un travail essentiel, surtout sur des récits d’ambiance, où l’atmosphère joue un rôle prépondérant. Il ne faut pas se planter là-dessus !

Quels sont vos projets futurs ?

Le second tome d’«Asgard» va me prendre pas mal de temps, et dans la foulée, nous avons un nouveau projet avec Xavier. Il se concrétisera sûrement en trois volumes. J’ai aussi un autre projet, sur un scénario de mon épouse. Mais là, nous prenons le temps nécessaire pour le mûrir !
Entretien : Julien BRUYÈRE

À lire
«Pied-de-Fer», Asgard n° 1, Dorison et Meyer, 13,95 € (Dargaud)


À voir
Les planches originales d’«Asgard» sont à découvrir jusqu’au 22 avril au Centre belge de la bande dessinée (Bruxelles - www.cbbd.be) !


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