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Depuis cinq ans, le public s’attache : des belles demoiselles premières conquises, puis les trentenaires, et enfin, les parents, accompagnés de leurs enfants, ont grossi les troupes. Au total, un million de personnes a applaudi Christophe Maé en tournée.
Dans un ravissant jardin d’un hôtel bruxellois, devant un plat de pâtes aux légumes pour attaquer l’après-midi de promo, arrosé d’un «sirop de fraise» (un rosé corse bien frais), Christophe Maé attend, cool, sa première question. Son album «On trace la route - Le live» est fraîchement sorti en édition limitée, avec deux inédits («Un peu de blues» griffé Goldman et sa reprise d’«Un autre monde» de Téléphone). Il sera suivi le 14 novembre 2011 d’une version 2 CD et DVD.
Je me produisais deux soirs à Forest National. Pour une captation, c’est plus sécurisant. Je me sens un peu adopté en Belgique. J’y suis passé quatorze fois depuis ma première tournée. Le public est hyper chaleureux, démonstratif, s’oublie et ne se regarde pas. Il est branché fête. C’est enthousiasmant. En plus, c’est dans une salle mythique où les plus grands ont chanté. En backstage, on aperçoit les signatures sur les murs. Oui, je l’ai tagué aussi. Il y a encore de la place...
Le premier live était enregistré les pieds dans le sable, face à 80 personnes. Il était plus reposant. Celui à Bruxelles a plus d’énergie, devant 10.000 personnes. Ça crie, ça chante, ça danse ! Le show est hyper festif. Je fais de la musique d’une manière assez instinctive, spontanée et sincère. Comme dans ma vie au quotidien, j’aborde la scène de la même façon. Avec des influences caraïbéennes et africaines qui me touchent. J’ai été bercé avec Touré Kunda et Bob Marley. C’est un cri du cœur.
L’objectif, c’est de voir les gens s’éclater et oublier leurs soucis. Sur cette tournée, j’ai eu l’impression de gagner ce pari-là. Cette tournée a été magique. Je me rappelle de plein de lieux comme les arènes de Nîmes. J’y avais vu Ben Harper et je rêvais d’être à sa place. Le rêve s’est réalisé. J’ai vu aussi le public au quotidien. Après quatre heures de bus, on arrive et il y a déjà 2.000 personnes devant les portes. Elles ont fait l’effort d’acheter un billet, de se déplacer. C’est du concret et c’est magique. Je ne m’y habitue pas.
Un peu des deux. C’est très intense. Il y a eu le trop-plein où on est dans une bulle et où on voit énormément de monde tous les jours. Les trois premiers mois, il y a beaucoup de pression, de responsabilités. Car tout est planifié pour un an et demi. Après, j’ai réussi à le gérer. Je me suis ménagé. Je ne veille pas toute la nuit. Ce n’est pas très rock’n’roll. Mais j’ai besoin de me reposer pour récupérer ma voix. Je cours aussi tous les matins, cela fait partie de ma vie depuis deux ans. Un jour, je n’étais pas bien dans mes pompes et j’ai commencé à faire un footing. Je me suis rendu compte que cela changeait mes journées. Je le conseille ! Après la tournée qui s’est achevée en juillet, je me suis ressourcé en famille, je me suis occupé de mon p’tit gars (ndlr : Jules, 3 ans et demi) et j’ai profité de la vie.
Je ne le vois pas comme ça. Il y a des artistes bourrés de talent qui font ce métier toute leur vie et n’ont jamais la reconnaissance. La vie artistique est compliquée, et c’est tellement subjectif, même si je l’ai toujours cherché et voulu. J’ai quitté la maison à 18 ans, annonçant à mes parents que je resterai musicien quoi qu’il arrive. J’étais déterminé. Je n’ai jamais mal vécu la manche. C’était de la bonne galère. J’ai construit mon univers. Je suis resté quatre ans dans une chambre de bonne à Paris. J’ai vécu des moments d’anxiété, pas mal de nuits blanches. Rien ne se passait, j’approchais les 30 ans. Avec du recul, je sais que ce n’était pas l’heure. Je n’avais pas trouvé mon univers et des chansons qui parlaient aux gens.
Entretien : Caroline GESKENS
À écouter
«On trace la route - Le live», Christophe Maé (Warner)