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Votes 1 avisPartager   Facebook    Twitter    Emailmercredi 16 novembre

Enrico Marini : «Les Romains ont eu leur Vietnam !»

Découvrez l’interview du talentueux auteur pour la sortie du Livre III des «Aigles de Rome» (Dargaud), dont il signe dessin et scénario.

Le tome 3 des «Aigles de Rome» vient de sortir. L’affrontement semble inévitable entre Arminius, prince germain confié en otage aux Romains à 10 ans, et son ami d’enfance Marcus, alors que Rome peine à imposer son autorité sur les tribus «barbares». La terrible bataille de Teutobourg (en l’an 9 de notre ère), qui vit les légions romaines se faire anéantir par une alliance germanique menée par Arminius, n’est plus très loin…
Au dessin comme au scénario, le talentueux Enrico Marini («Le Scorpion», «Rapaces»…) s’en donne à cœur joie. Il nous explique pourquoi cette épopée romaine lui tient tellement à cœur.

Quatre ans après la sortie du premier volume, quel regard portez-vous sur l’évolution de la saga des «Aigles de Rome» ?

Dans ce 3e tome, j’entre dans le vif du sujet, celui qui m’intéressait dès le départ : l’univers des Germains. On se retrouve au nord de l’Europe, dans un territoire hostile pour les Romains, alors que le 2e tome se déroulait en grande partie à Rome. Le climat est plus froid, le danger plus grand. J’adore me promener en ces lieux finalement peu utilisés en BD !

Pouvez-vous nous retracer la genèse de la saga ?

J’aime bien les ouvrages historiques, les biographies, l’Antiquité, même si je ne suis pas un expert en la matière. Puis la lecture d’un roman historique m’avait donné envie d’en faire une BD. Le problème : il était déjà en cours d’adaptation cinématographique. Comme le projet semblait déjà bien avancé, je me suis dit que je n’allais rien apporter de nouveau. J’ai donc préféré réaliser ma propre oeuvre sur la Rome antique. J’ai accumulé de la documentation et trouvé une époque qui n’avait pas encore trop traitée : celle de la fin de l’empire d’Auguste et ses conflits avec les tribus barbares du nord.

Une époque qui est avant tout une toile de fond…

J’avais d’abord envie de raconter l’histoire de deux amis qui se retrouvaient dans des camps différents. Cette idée initiale, universelle, j’aurais pu la transposer à une autre époque. Mais plus je lisais, plus j’étais sûr qu’il fallait que je choisisse celle-là. Je trouvais aussi fascinant le parallèle avec l’actualité récente, avec les Américains et Ben Laden. L’histoire se répète. Arminius, qui a été formé par les Romains, finit par les «trahir» pour mener la rébellion contre eux. Pour les Romains, c’était déjà un terroriste…

Qui finira par les écraser lors de la bataille de Teutobourg…

On connaît très peu ce qui entoure cette défaite. Je trouvais intéressant de parler d’une sorte de Vietnam romain de l’époque, ou d’Irak… On montre généralement les Romains glorieux sur le champ de bataille - sauf dans Astérix (rires) -, mais on a rarement le point de vue inverse. Cela dit, il s’agit avant tout de la trame de fond. Comme l’histoire, la grande, que ce soit l’issue de la bataille ou le destin d’Arminius, est connue, ce que j’aime, c’est m’axer sur les personnages. C’est comme avec le Titanic : on sait que le bateau va couler, pas ce qui va arriver aux personnages. Donc j’essaie de transmettre mon attachement des protagonistes au lecteur et j’espère que celui-ci est curieux de savoir ce qui va leur arriver. Je m’attache à leur psychologie, aux relations et les conflits qui peuvent y avoir entre eux, et bien sûr, à l’amitié soumise à rude épreuve des deux héros. Sera-t-elle restaurée ou perdue pour toujours ?

Connaissez-vous l’issue de l’histoire ?

Je sais où je vais, mais je me laisse des libertés d’évolution en chemin. On sait peu de choses sur Arminius, finalement, ce qui laisse la possibilité d’offrir d’autres interprétations. Mais j’essaie de rester crédible. Je n’ai pas envie de complètement changer l’histoire, comme cela a été fait dans «Gladiator», par exemple, où des libertés avaient été prises avec la vérité historique. J’utilise si possible des références et des faits établis. Je voulais aussi m’éloigner de la vision hollywoodienne des Romains, pour m’ancrer dans un certain réalisme, au niveau de la violence et de l’érotisme. À l’image de la série «Rome» de HBO, par exemple.

Vous êtes-vous rendu sur l’un ou l’autre des lieux supposés de la bataille de Teutobourg ?

Non. J’ai visité les musées de Rome, ville que je connais très bien, et près de chez moi (en Suisse, ndlr), il y a le site Augusta Raurica, qui accueille chaque année de grandes reconstitutions, avec gladiateurs, courses de chars, marchés… Il y avait là une base militaire d’Auguste datant de la même époque que celle des «Aigles de Rome». Je m’y rends régulièrement avec mes enfants (deux fillettes de 3 et 6 ans, ndlr).

Au final, combien la saga comptera-t-elle de tomes ?

Plutôt cinq ou six. Initialement, j’avais prévu une trilogie, trois actes. Mais finalement, ces actes deviennent trois diptyques… Il y a des événements, des passages, des personnages que j’avais envie de développer. Je suis assez fidèlement ce que j’avais prévu au départ, mais je me permets des petits détours.

Votre éditeur ne vous presse pas trop ?

J’ai plutôt carte blanche, mais j’essaie de respecter un planning d’un album minimum par an. Et puisque j’alterne avec «Le Scorpion» (avec Desberg au scénario, ndlr), qui est une histoire qui se suit, je ne peux donc pas attendre trop longtemps avant de sortir le tome suivant. Mais personnellement, j’avais besoin de cette alternance, de changer d’univers, pour m’aérer un petit peu et retrouver ainsi du plaisir sur le Scorpion (dont le prochain tome est prévu pour la fin de l’année prochaine). Cela fait du bien aux deux séries, en fait. Et puis j’ai d’autres envies, d’autres sujets que j’aimerais traiter, j’espère que j’en aurai l’occasion.

Vous aimez travailler en couleur directe. Mais si l’on vous proposait de travailler avec un coloriste, que diriez-vous ?

Pourquoi pas, dans une optique de gain de temps. Mais il faudrait qu’il ait les mêmes qualités que moi, qu’il amène quelque chose de bien ou d’original à la série. Bien sûr, cela ne peut pas arriver sur une série en cours. J’y ai par contre pensé pour le Scorpion, une fois que le tronc principal de l’histoire que l’on veut raconter avec Desberg sera bouclé. Je n’exclus même pas cette idée pour un projet futur, mais tout dépendrait de ce projet… et du coloriste.

Une dernière question, pour les fans d’un de vos personnages cultes. Y a-t-il une chance de découvrir prochainement de nouvelles aventures du Gipsy (avec Thierry Smolderen au scénario) ?

Ce sera difficile, car pour l’instant j’ai d’autres envies, même si j’ai encore deux scénarios du Gipsy dans mes tiroirs… J’aime beaucoup travailler avec Smolderen - et il n’est d’ailleurs pas exclu qu’un one shot avec lui voit bientôt le jour - et le Gipsy, je l’adore. Mais ce qui m’excite un peu moins, c’est son univers science-fiction. Pour l’instant, je n’ai pas la tête à ça. Mais je retrouverai certainement ce personnage un jour !

Entretien : Julien BRUYÈRE

À lire
«Les Aigles de Rome - Livre III», Marini, 13,95 € (Dargaud)


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Voilà qui fait plaisir de lire les propos d'un vrai bédéaste, que l'on sent passionné par son sujet. On voit qu'il ne s'agit pas d'une énième BD sur commande, comme on en voit de plus en plus.




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