Faut-il croire tout ce que raconte Internet ?
Faut-il croire tout ce que raconte Internet ?

Alerte au Net !
Le côté obscur de la Toile

Internet et son flot d’infos mêlées d’erreurs et de rumeurs posent la question d’un média qui laisse croire que tout le monde peut se prétendre journaliste.

Dimanche 24 janvier 2010, alerte sur Twitter, ce micro-blog d’infos instantanées en continu : Johnny Depp est mort. Dans les minutes qui suivent, des milliers d’internautes commentent un accident du côté de Bordeaux... qui n’a jamais eu lieu, et la rumeur devient information sur divers sites, parfois très sérieux.
Directeur de l’Observatoire du récit médiatique, à l’UCL, Marc Lits analyse l’outil Internet qui a porté un sérieux coup aux médias traditionnels (radio, télé, presse écrite).

Quels sont les gros défauts d’Internet ?
D’abord, la multiplicité de l’info à disposition dans le monde. Même dans un domaine spécialisé, la difficulté est de ne pas être submergé et de faire des tris plus importants. Ensuite, on est dans une explosion des sources, mais sans contrôle. Avant, un journaliste faisait confiance aux agences de presse, à ses propres sources et pouvait vérifier lui-même. Beaucoup d’infos vraies ou fausses, de rumeurs circulent, sans garantir la véracité. L’exemple, c’est la mort annoncée de Pascal Sevran, encore vivant. Enfin, Internet accélère la circulation des infos. Le journaliste est en concurrence directe avec d’autres médias en ligne et ne peut pas prendre le temps de valider les infos. Cela pose problème sur la crédibilité générale du métier. Pour Johnny Hallyday, tout est sorti très vite à propos de son médecin, sans nécessairement que ce soit recoupé. Or, il y a la présomption d’innocence.

Et les avantages ?
On a accès à des sources plus diversifiées. On peut être alerté par des témoins d’événements et être plus vite sur la balle. Mais il y a des barrières importantes à mettre. Cela donne l’impression que tout le monde peut faire du journalisme. C’est du «journalisme» citoyen de parti pris, lié à certains groupements ou associations qui n’ont pas le recul. On pense qu’on peut se passer du rôle de médiation du journaliste. C’est utopique !

Internet a-t-il rendu le public plus critique ?
Il a toujours du mal à prendre ses distances par rapport à la force des médias. Face à la télé, on dit que les gens ne sont pas dupes. C’est en partie exact. À la «Star Academy», les candidats sont sélectionnés pour des rôles bien précis, les dés sont pipés. Il le sait. Cela ne l’empêche pas de téléphoner en payant et d’assister aux concerts. Beaucoup d’entreprises créent des blogs pour des campagnes de pub déguisées, des faux sites avec des faux fans. Le système commercial a compris ces stratégies et les exploite.

Entretien : Caroline GESKENS

Retrouvez la suite de cette interview dans le magazine Télépro de jeudi 4 février disponible en librairies dès mercredi 3.

Sur le Web, la rumeur de la mort de Jonnhy Depp s'est répandue comme une traînée de poudre…



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