Radouane Bouhlal : "Il faut écouter ceux qui souffrent !"
Le président du Mouvement de lutte contre le racisme,
l’antisémitisme et la xénophobie (MRAX), Radouane Bouhlal,
pense que Durban II est nécessaire si l’on veut évoluer
vers une meilleure connaissance de l’autre.
En quoi ce type de conférence internationale peut-il aider
à lutter contre le racisme ?
Un des piliers sur lequel s’assoit le racisme, c’est
l’ethnocentrisme, la tendance à penser que son point de vue est
meilleur que celui de son voisin. Or, ce type de conférence
internationale permet de mettre en scène différentes cultures, de
confronter différents points de vue, d’entendre les arguments des
autres. On a besoin de ce type de confrontation pour vaincre
l’ethnocentrisme, et donc le racisme.
La conférence de Durban en 2001 s’est pourtant mal
terminée…
Lors de cette conférence, les représentants des États
étaient venus avec des textes généralistes et
bien-pensants. Mais lors du forum des ONG, qui s’est
déroulé avant, les participants ont fait savoir que
c’était d’autre chose qu’ils voulaient parler : les
sujets du colonialisme, du sionisme, du blasphème ont vite
été soulevés. Comme il n’y avait eu aucune
préparation du débat, c’était à celui qui
crierait le plus fort… et les dérives n’ont pas
tardé. Il y a notamment eu des actes de violences antisémites
totalement inacceptables.
Beaucoup craignent que cela se reproduise…
Certains, pour éviter ces débordements veulent supprimer le
débat. Cette année, on parle notamment de supprimer le forum des
ONG, ou de ne pas aborder certains thèmes. Ma crainte est que l’on
assiste alors à une conférence intergouvernementale qui ne
produira qu’un texte consensuel, une pétition d’intention.
C’est bien, mais en termes concrets, cela ne mène pas à
grand-chose. Je pense qu’il est important que chacun puisse
s’exprimer, affirmer son identité. "Le blasphème
est-il une forme de racisme ?", " Doit-il y avoir réparation
pour l’esclavage et le colonialisme ?", "Le sionisme est-il une
forme de racisme ?". Tous ces sujets vont bien sûr ressurgir.
Quelques soient les opinions, elles doivent être entendues. Bien
sûr, il ne faut pas autoriser les dérives : les insultes, les
actes de violences doivent être sanctionnés. Mais il faut pouvoir
entendre les gens qui souffrent ! Et je pense que, en préparant bien les
choses, il est possible d’écouter les arguments des uns et des
autres sans qu’il y ait de débordements.
Cette conférence de Durban II a-t-elle mieux
préparée que la précédente ?
En 2001, il n’y avait pas eu de préparation. Cette année,
le Mrax a insisté pour que l’on définisse une
méthode de travail précise. Malheureusement, ce n’est que
depuis quelques semaines que l’on semble se réveiller. C’est
intolérable ! La Belgique fait partie du comité de
préparation : la manière dont les choses se dérouleront
sera donc en partie sa responsabilité. Malgré tout, le boycott
n’est pas une solution. Cela marquerait la victoire de ceux qui veulent
sanctionner le débat franc. C’est le pire qui puisse arriver pour
la lutte contre le racisme…
Entretien : Patricia HUON




