De son enfance misérable en Italie à la création d’un empire mondial, La Trois retrace, ce lundi à 21h30, le destin de Pierre Cardin, pionnier de la mode, mais pas seulement !
N’hésitant pas à bousculer le monde feutré du luxe et privilégiant sa liberté aux usages codifiés de la haute couture, Pierre Cardin a toujours eu un coup d’avance sur ses contemporains. Portrait sur mesure.
Pauvre Pietro
Le 2 juillet 1922, Pietro Costante Cardin vient compléter, dans un hameau proche de Venise, une famille déjà bien animée par cinq enfants. Ses parents, des agriculteurs que la Première Guerre mondiale a précipités dans la misère, décident d’émigrer près de Saint-Étienne. Tandis que le père se reconvertit dans une usine d’armement et que la famille obtient la nationalité française en 1936, le petit dernier est souvent relégué chez les voisins. Ça tombe bien, ils travaillent dans le textile et, celui qu’on appelle désormais Pierre, adore habiller les poupées avec le tulle bleu et rose qui emplit la maison. Dès l’adolescence, Pierre n’a qu’une conviction : il deviendra couturier mais, pour y arriver, il doit rejoindre la capitale. Peu l’importe qu’une autre guerre vienne d’éclater, il enfourche son vélo, direction Paris. Si son périple est stoppé à Vichy, il y parvient tout de même à se faire engager dans un magasin des plus chics. En 1943, il trouve une place à la trésorerie de la Croix-Rouge. Lui qui ne comprend rien aux chiffres le sait, ce travail lui permet d’échapper à l’Allemagne. Ce qu’il ignore en revanche, c’est que ce boulot provisoire va lui permettre d’acquérir des compétences qui lui seront plus que profitables à l’avenir : gérer lui-même la comptabilité de son futur empire.
Hégémonie cardinesque
Après la guerre, Pierre achève enfin son épopée vers Paris. Une fois sur place, il s’en va chercher du travail auprès de Jeanne Paquin, couturière en vogue recommandée par son employeur vichyssois. Il fait la connaissance de Jean Cocteau et du décorateur Christian Bérard avec qui il va réaliser les costumes de l’adaptation pour le cinéma de « La Belle et la Bête », en 1946. Après ce premier fait remarquable, plus rien ne semble pouvoir arrêter le petit Italien. Il passe chez Schiaparelli, devient premier tailleur dans la maison toute neuve de Christian Dior, crée sa propre maison et présente, dès 1953, une collection haute couture. 1954 signe l’apparition de son premier modèle iconique, « la robe bulle », et l’ouverture d’une boutique rue du Faubourg-Saint-Honoré, aujourd’hui encore adresse historique de la marque. En 1959, il présente, entre les murs du célèbre Printemps, une collection de prêt-à-porter, scandalisant ses pairs. Ces derniers persiflent : Cardin profane l’art noble qu’est la couture pour une masse qui ne le mérite pas. Il a juste compris avant les autres que ce modèle économique était le seul viable pour leur profession.
Domaine infini
Dans les années 1960, la griffe Cardin est partout et avant tout le monde : sur les Beatles et leurs vestes sans col, au cinéma avec les costumes féminins de « La Princesse de Clèves », à la télévision pour « Chapeau melon et bottes de cuir », dans les uniformes des hôtesses de l’air et des infirmières, style qui sera adopté par des stars comme Mireille Mathieu ou Françoise Hardy. Il est aussi le premier à lancer des défilés multiethniques ainsi qu’unisexes et précède carrément l’alunissage en créant la collection Cosmocorps, en 1968. Dans les années 1970, il s’attaque au marché chinois et y implante des usines de fabrication. Loin de s’arrêter au seul domaine de la mode, Pierre Cardin posera sa patte dans de nombreux autres secteurs. « Il existerait, selon le couturier, plus de 700 licences aujourd’hui », indique la chaîne suisse RTS, « du textile aux arts de la table, en passant par l’eau minérale, les poêles à frire, les vélos, les sacs en plastique, les briquets ou les tringles à rideaux ».
Le saviez-vous ?
En couple avec Jeanne Moreau, l’une de ses nombreuses muses, durant quatre ans, Pierre Cardin, décédé le 29 décembre 2020 à l’âge de 98 ans, est néanmoins enterré avec son amour de toujours, son directeur artistique André Oliver.

Jeanne Moreau, la seule femme de la vie du couturier
Conde Nast via Getty Images