Dès ce mercredi à 20h30, RTL tvi diffuse la série « Culte » qui revient, en six épisodes, sur la folle épopée des créateurs d’un bouleversement télévisuel nommé « Loft Story ».
26 avril 2001. Le monde est un univers différent. Les tours jumelles sont encore debout, les réseaux sociaux inexistants et la téléréalité, une forme de divertissement télévisuel dont on parle en se bouchant le nez. Pourtant, ce jour-là, la chaîne française M6 se jette dans la gueule du loup en inaugurant sa première émission d’enfermement. But du jeu ? « Onze célibataires coupés de l‘extérieur dans un loft de 225 m², filmés 7 jours/7, 24 h/24. Dans neuf semaines, ils ne seront plus que deux. Qui sera le couple idéal ? C’est vous qui décidez ! »
Un concept venu d’ailleurs
Au début des années 2000, si l’on entend vaguement parler de ces émissions étranges, nommées « Big Brother », qui fleurissent sur les écrans de toute l’Europe, où l’on regarde simplement des inconnus vivre au quotidien, les téléspectateurs français n’y prêtent que peu d’attention. Une absence de téléréalité à la française qui est due, selon plusieurs sources, à un accord secret entre Patrick Le Lay, patron de TF1, et Nicolas de Tavernost, son homologue chez M6. Les deux hommes se seraient promis de ne pas laisser les écrans hexagonaux être « contaminés » par ce type de programmes. Seulement voilà, Le Lay va rompre ce « gentlemen’s agreement » en adaptant « Survivor » qui deviendra « Koh-Lanta ». « Suite à ça, Nicolas de Tavernost dit : » Ah bah, mon gars, tu me trahis, je te trahis « », raconte Alexia Laroche-Joubert, productrice de « Loft Story ». « Et c’est comme ça qu’est né le Loft. »
Naissance d’un monde
Dès sa première diffusion, « Loft Story » provoque un attrait immédiat. Il faut dire que, comme les téléspectateurs, les jeunes candidats qui participent ne connaissent rien aux codes de la téléréalité : leur spontanéité, voire naïveté, est alors un régal pour ceux qui se prêtent au visionnage. Avec ce concept, c’est tout un système qui voit le jour : le fameux confessionnal où les protagonistes viennent déverser leurs états d’âme, les nominations, le vote du public, les sommes hallucinantes promises aux vainqueurs. Et puis, surtout, la création de véritables stars, jusqu’alors simples anonymes, qui atteignent ce statut souvent grâce à des phrases ou des scènes chocs, à l’instar du fameux bain de minuit tactile entre Loana et Jean-Édouard. « Les audiences se sont envolées après ce passage, qui n’a pourtant pas été diffusé sur M6, mais sur la chaîne créée spécialement sur le satellite pour retransmettre les images du loft en direct 24 h/24 », indique France Info. « La séquence a circulé sur Internet, c’est devenu viral. »

Scandale sociétal
Si une partie du public a les yeux rivés sur l’écran (la première saison a été suivie par 5 à 7 millions de téléspectateurs quotidiennement et 12 millions pour la finale), d’autres ne peuvent s’empêcher d’exprimer leur courroux. Tandis que la presse se déchaîne quasi unanimement sur ce qu’elle qualifie de « télé poubelle » et que, de Balladur à Sarkozy en passant par Séguin et Royal, on donne son avis sur le programme, la façade de la chaîne est régulièrement saccagée durant la diffusion de l’émission. Des manifestants vont même jusqu’à tenter de s’introduire dans le loft. La tension monte à un point tel que Benjamin Castaldi, présentateur du programme, se voit obligé d’être accompagné en permanence d’un service de sécurité. « La seule chose qui n’a pas été très amusante, c’est le nombre de menaces, y compris de mort », explique-t-il à France Info. « J’ai reçu des objets dégueulasses : des capotes, des serviettes hygiéniques usagées et des cercueils avec une balle dedans… » Finalement, le « Loft » ne connaîtra qu’une seconde saison avant de voir l’apparition d’une pléiade de nouveautés prendre le dessus comme « Nice People », « La Ferme Célébrités » ou « Secret Story ». La société française apaisera quant à elle sa révolte, acceptant la téléréalité comme un programme ancré, à tort ou à raison, dans son petit écran.
Bon à savoir !
La série « Culte » bénéficie de la très bonne moyenne de 4.1/5 de la part des critiques presse sur AlloCiné.
Cet article est paru dans le Télépro du 8/1/2026