Henri VIII, roi de la démesure

Henri VIII © ISOPIX
Stéphanie Breuer Journaliste

Célèbre pour sa vie conjugale mouvementée, Henri VIII a surtout transformé durablement l’Angleterre. Un portrait à découvrir ce samedi soir en prime sur Arte.

Contrairement à Barbe Bleue, sa barbe était rousse. Mais, comme le personnage qu’il a inspiré à Charles Perrault, Henri VIII collectionnait les épouses : six, dont deux décapitées sur ses ordres ! Samedi, Arte dresse le portrait de ce fervent catholique par qui le schisme avec Rome est pourtant arrivé.

Né en juin 1491, Henri est le fils du roi Henri VII d’Angleterre, fondateur de la maison Tudor. Troisième enfant du couple royal, il n’est pas destiné à régner… du moins jusqu’à la mort prématurée de son frère aîné. En avril 1509, âgé de 17 ans, il succède à son père. Comme l’explique Cédric Michon dans «Henri VIII, sexe, mensonges et… démesure» (Historia), ce roi se distingue par sa démesure. «Physiquement d’abord, c’est un colosse qui ne fait pas loin d’1,90 m et qui domine d’une bonne tête la masse de ses courtisans. Psychologiquement, c’est une personnalité compliquée qui allie la fermeté à l’inconstance, la volonté à l’inconséquence, la légèreté à la paranoïa, l’obsession de la dignité royale à une conduite qui frôle régulièrement le ridicule. Familialement enfin, ses six mariages l’ont imposé comme une sorte de Barbe Bleue historique.»

Six mariages

En 1509, il se marie avec Catherine d’Aragon, veuve de son frère, qui ne lui donne qu’une fille, Marie Tudor. Soucieux de fonder une dynastie (et de convoler avec sa maîtresse), le monarque tente de faire annuler son union, la prétextant contraire à la loi de Dieu. Pour ne pas déplaire à Charles Quint (neveu de Catherine d’Aragon), le pape Clément VII refuse. Commence alors pour Henri VIII sa «grande affaire», qui va l’occuper six ans ! Finalement, contre l’avis de l’Église, le monarque convole avec la jeune Anne Boleyn. Le divorce avec Rome est consommé lorsque l’Acte de Suprématie fait du roi le chef suprême de la nouvelle Église anglicane. Résultat : le Pape l’excommunie.

Roi bâtisseur

Après avoir donné au roi une fille (la future Elizabeth Ire), Anne Boleyn est accusée d’adultère et… décapitée ! L’année suivante, sa troisième épouse, Jane Seymour, meurt en donnant naissance au fils tant désiré, le futur Édouard VI. Henri VIII convole, en 1540, avec Anne de Clèves, qu’il répudie pour se marier avec Catherine Howard. Infidèle, cette dernière sera, elle aussi, décapitée ! Enfin, jusqu’à sa mort en 1547, le monarque partage sa vie avec sa sixième épouse, Catherine Parr. Pour autant, la vie du plus célèbre roi d’Angleterre ne se résume pas à ses nombreux mariages. «Son règne se distingue avant tout par la splendeur sans précédent qui caractérise alors la cour d’Angleterre», poursuit Cédric Michon. «Ce roi est d’abord un bâtisseur de première force. Alors qu’il n’a hérité de son père qu’une dizaine de palais, il en laisse près de soixante à son fils.» Il y organise des fêtes somptueuses et des tournois de chevaliers.

Si, dans la deuxième partie de son règne, Henri VIII est perçu comme cruel et tyrannique, il est, au départ, plutôt vu comme «l’incarnation parfaite du prince de la Renaissance». «Il est aussi un prince érudit, polyglotte, taquine la Muse, compose de la musique, connaît la philosophie et se passionne pour la théologie», écrit Liliane Crété dans «Le Combat des jeunes coqs» (Historia).

Crucial sur le plan religieux et à l’origine d’évolutions politiques importantes, comme un renforcement de la dimension bureaucratique de l’État, «le règne d’Henri VIII», conclut l’historien, «correspond à un tournant dans l’histoire de l’Église d’Angleterre, et du pays tout court».

Cet article est paru dans le Télépro du 4/02/2021.

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