Colisée, merveille de Rome

Vitrine de la puissance militaire de l’Empire, le Colisée accueille une centaine de combats de gladiateurs chaque année durant 450 ans © Getty Images
Stéphanie Breuer Journaliste

Immersion dans l’histoire du plus célèbre des amphithéâtres, considéré comme un chef-d’œuvre d’architecture. Ce samedi à 20h55, Arte diffuse le documentaire en deux parties « Le Colisée – Les arènes du pouvoir ».

Édifié pour impressionner, mais aussi pour divertir, éduquer et même contrôler les foules, le Colisée de Rome, l’une des Sept Merveilles du monde moderne, est le plus grand amphithéâtre jamais bâti par les Romains. S’il a perdu de sa superbe, le monument, véritable prouesse d’architecture et d’ingénierie, est toujours debout, près de deux mille ans après sa construction.

Après le règne chaotique de Néron (54-68), Vespasien, premier empereur à ne pas être issu de la noblesse, cherche à gagner les faveurs du peuple. Pour cela, il ordonne la construction d’un amphithéâtre digne de la plus grande ville du monde, sur le modèle de ceux de Capoue et de Pompéi, à l’emplacement du lac artificiel du palais privé de Néron (la Domus Aurea). Une manœuvre habile pour effacer le souvenir de Néron, empereur mégalomane, et établir sa propre dynastie, les Flaviens. Entamé vers 70-72, l’édifice est achevé en un temps record – une dizaine d’années – grâce au travail de milliers d’esclaves et prisonniers de guerre.

Nom médiéval

Appelé amphithéâtre Flavien – il prendra le nom de Colisée au Moyen Âge, en référence au Colosse, une statue à l’effigie de Néron, installée à proximité -, il « a nécessité plus de 100.000 m² de travertin (une roche calcaire, ndlr) et 300 tonnes de fer », écrit Christophe Castandet dans « Le Plus grand amphithéâtre du monde : le Colisée » (L’Histoire). « Ses dimensions, une ellipse de 188 m dans son grand axe pour une hauteur de 52 m, et son organisation complexe d’arcades et d’escaliers, de corridors et de niches superposées en font une arène qui surclasse largement celles en bois des époques républicaine et julio-claudienne. »

En juin 80, 50.000 Romains prennent place pour assister aux jeux qui célèbrent l’inauguration. Cent jours de spectacle que l’empereur Titus, qui a succédé à son père Vespasien, offre à son peuple. Au programme : des affrontements avec des bêtes sauvages (lions, léopards, ours… venus des confins de l’Empire), des exécutions de condamnés et – le clou du spectacle – des combats de gladiateurs. Des reconstitutions de batailles navales (naumachies) sont même organisées après avoir transformé l’arène en lac artificiel !

Dans « Gladiator 2 » (2024), le réalisateur Ridley Scott prend certes quelques libertés historiques, notamment concernant les animaux livrés dans l’arène, mais montre un combat naval dans un Colisée transformé en piscine géante

Machine à spectacles

Sous le règne de Domitien, fils de Vespasien et frère de Titus, l’amphithéâtre se dote d’un quatrième niveau (réservé aux femmes, aux classes sociales les plus basses et aux étrangers) et d’un réseau souterrain appelé hypogée (lire ci-après) et devient « une formidable machine à spectacles qui regroupe autour d’elle les casernes des gladiateurs, une fontaine monumentale, des entrepôts pour les armes et les décors de scènes, ainsi que les logements des marins de la flotte de Misène chargés d’actionner le grand vélum qui protégeait les spectateurs du soleil », poursuit Christophe Castandet.

Le velum du Colisée pouvait être déployé en une minute à peine pour protéger les spectateurs du soleil

Durant plus de quatre siècles, l’arène est au cœur de la vie des Romains. Si les derniers combats de gladiateurs datent de 435, les chasses aux animaux sauvages se poursuivent jusqu’au milieu du VIe siècle. Aujourd’hui, le monument le plus visité d’Italie n’a plus aussi fière allure. À l’intérieur, le sol de l’arène a disparu et il ne reste que quelques vestiges des gradins et des loges. De la façade, composée de deux énormes couloirs externes, seul le côté nord est encore debout. La partie sud a été détruite par un tremblement de terre au XIVe siècle. Les matériaux du monument ont ensuite été réutilisés pour d’autres constructions à travers la Ville éternelle. Ainsi, selon des écrits datant de la Renaissance, des pierres en travertin du Colisée, symbole de l’Empire romain, ont été récupérées pour la construction du symbole d’un autre empire, spirituel celui-là, la basilique Saint-Pierre, cœur de l’Empire chrétien…

Coulisses sous l’arène

Sous l’arène, s’étend l’hypogée, un gigantesque réseau souterrain de tunnels, couloirs et cellules sur deux niveaux, où s’activaient des centaines d’esclaves, de gladiateurs et de dompteurs. Ces coulisses technologiques abritaient notamment un ingénieux dispositif de 28 ascenseurs et trappes permettant de faire entrer dans l’arène des animaux terrorisés et affamés.


Aujourd’hui, le sol de l’arène a disparu et il ne reste que quelques vestiges des gradins et des loges
Getty Images

Plan de sortie

Sur tout son pourtour, le Colisée était doté de 80 « vomitoria » (du latin « vomere », expulser). Contrairement à une idée reçue, il ne s’agissait pas d’un endroit où les Romains pouvaient aller vomir, mais plutôt de portes et couloirs permettant aux dizaines de milliers de spectateurs d’entrer et sortir de l’édifice rapidement. Ce système efficace est toujours utilisé aujourd’hui et le mot « vomitorium » désigne encore, en architecture, une sortie rapide dans les théâtres ou les stades.

Cet article est paru dans le Télépro du 15/1/2026

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