Histoire : Shackleton, le « Boss »de l’Antarctique

Au cours de « l’âge d’or » de l’exploration polaire, l’expédition Nimrod a propulsé Shackleton au rang de héros national après qu’il eut renoncé à la gloire pour sauver ses hommes © Royal Geographical Society via Getty Images
Stéphanie Breuer Journaliste

Au début du XXe siècle, l’Antarctique est la dernière grande « terra incognita » de la planète. Ernest Shackleton s’y aventure pour tenter de conquérir le pôle Sud.

«Comme chef d’expédition scientifique, donnez-moi Scott ; pour un raid polaire rapide et efficace, Amundsen ; mais quand l’adversité vous entoure et que vous ne voyez pas d’issue, agenouillez-vous, et priez pour que l’on vous envoie Shackleton », écrivait le géologue britannique Raymond Priestley en 1956. Contemporain du Norvégien Roald Amundsen, qui a atteint le pôle Sud en 1911, et de son concurrent malheureux, le Britannique Robert Falcon Scott, l’Anglo-Irlandais Ernest Shackleton (1874-1922) – dont France 5 retrace dimanche à 16h10 l’expédition Nimrod – a gagné ses galons de héros national grâce à son incroyable leadership dans les situations les plus extrêmes.

Sir Ernest Shackleton © Royal Geographical Society via Getty Images

Objectif pôle Sud

Entre 1901 et 1903, ce bourlingueur, ancien de la marine marchande, prend part à l’expédition Discovery, menée par Robert Falcon Scott et chargée d’explorer les côtes du continent antarctique. Souffrant du scorbut, il est contraint d’abandonner avant la fin de l’aventure. Bien décidé à prendre sa revanche et à devenir le premier homme à atteindre le pôle Sud, il prend la tête de la British Antarctic Expedition (1907-1909), plus connue sous le nom d’expédition Nimrod, du nom de son trois-mâts goélette.

Pour cette mission, l’explorateur innove en embarquant une voiture Arrol-Johnston (qui s’avérera inutile sur la neige) et, en plus d’une dizaine de chiens, des poneys de Mandchourie ! L’idée se révèle peu efficace car les animaux s’enfoncent dans la neige et finissent par périr.

À court de vivres

Shackleton est le premier à traverser la chaîne de montagnes transantarctiques et à marcher sur le grand plateau polaire. Après des semaines d’efforts titanesques et 3.000 km à pied, celui que ses hommes surnomment « The Boss » se trouve, en janvier 1909, à seulement 180 km de son objectif. Mais, réalisant qu’ils n’auront plus assez de vivres pour le retour s’ils poursuivent leur route, Shackleton prend la difficile décision de rebrousser chemin (« J’ai pensé que vous préféreriez un âne vivant à un lion mort », écrit-il à sa femme), sauvant ainsi ses hommes au prix de la gloire. Une décision qui fera de lui un héros de l’Histoire.

Même si des succès ont été enregistrés – une de ses équipes a gravi le mont Erebus, volcan actif le plus méridional du monde, et approché le pôle Sud magnétique -, Shackleton, anobli à son retour par le roi édouard VII, est rongé par l’amertume après ce qu’il prend comme un nouveau revers. Alors que la Première Guerre mondiale s’amorce, il repart à l’aventure avec un équipage recruté sur la base de la personnalité. En effet, son expérience lui a appris que l’ennui et les tensions peuvent être aussi dangereux que le froid et l’obscurité de l’hiver polaire. L’expédition Endurance (1914-1917), lors de laquelle son bateau (baptisé selon la devise familiale « Par l’endurance, nous sommes vainqueurs ») finira prisonnier des glaces, fera définitivement entrer ce leader charismatique dans la légende ! Mais ça, c’est une autre histoire… 

Whisky centenaire

En 2010, des caisses de whisky Mackinlay, abandonnées sous la cabane de l’expédition Nimrod à Cap Royds, sont retrouvées. Resté dans la glace durant un siècle, le breuvage est analysé et sa recette reconstituée par une distillerie écossaise.

Cet article est paru dans le Télépro du 1/1/2026

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