La Renaissance en clair-obscur

Leonard de Vinci, Michel-Ange (dont la Pietà est exposée au Vatican) et Raphaël (dont « La Vierge à la chaise » est conservée à Florence) sont les têtes de proue de la Renaissance italienne © Getty Images

Période de renouveau et réveil, la Renaissance est aussi celle d’une violence extrême. Ce samedi à 20h55, Arte diffuse le documentaire « Renaissance, une époque de sang et de beauté ».

La Renaissance. Côté face, tout est brillance, délicatesse, finesse pour cette période allant du XIVe au XVIe siècle. Celle d’un « mouvement culturel majeur caractérisé par un renouveau artistique et intellectuel basé sur la redécouverte de l’Antiquité gréco-romaine ». L’humanisme place l’Homme au centre, les avancées artistiques (perspective, clair-obscur, réalisme, nudité) et scientifiques (astronomie, anatomie, imprimerie) sont exceptionnelles. Une nouvelle naissance avec ses enfants prodiges. Figures artistiques comme les trois grands maîtres Léonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël (mais aussi Botticelli, Donatello ou Dürer). Célébrités scientifiques comme Copernic ou Galilée. Ses penseurs (Érasme, Machiavel…), ses explorateurs (Christophe Colomb, Magellan…), ses écrivains (Rabelais, Cervantès, Shakespeare…) : brillance, délicatesse, finesse disions-nous. Côté pile, le portrait est nettement plus brut, plus violent, plus sombre.

Au nom de Dieu

Née en Italie, à Florence et à Rome, propagée en Europe grâce à l’imprimerie et aux voyages, la Renaissance est aussi le temps d’hostilités extrêmes, les guerres de religions notamment. Les bouleversements intellectuels et la mise en avant de l’humanisme au centre des réflexions « amènent les contemporains à s’interroger sur leurs pratiques religieuses », analyse les Éditions Hatier dans leur podcast « Renaissance ». À la fin du XVe siècle, l’Église catholique est en crise. Des abus internes (la vente d’indulgences, la corruption du clergé), l’éloignement perçu entre le haut clergé et les fidèles, une papauté trop préoccupée par la politique et les fastes conduisent à la création de nouvelles Églises. Protestantes ou réformées, elles ne sont plus soumises à l’autorité du pontife. À partir de 1562, des conflits sanglants opposent catholiques et protestants dans plusieurs pays européens. En France, entre 10.000 et 30.000 protestants perdent la vie lors du massacre de la Saint-Barthélemy ordonné par le roi Charles IX en 1572. Aux Pays-Bas actuels, les Provinces-Unies (Nord) calvinistes et l’Espagne catholique se livrent une guerre de 80 ans pour l’indépendance et la liberté religieuse.

En 1572, le massacre de la Saint-Barthélemy entraîne la mort de 10.000 à 30.000 protestants © Getty Images

Les grandes armées

La Renaissance révolutionne aussi l’armée. La taille d’abord. « Une armée ne dépasse pas 10.000 hommes avant 1500, elle atteint 85.000 hommes dans les années 1570, 100.000 vers 1620 », estime John Hale dans « La Civilisation de l’Europe à la Renaissance ». Le matériel et l’organisation ensuite. L’artillerie à poudre, des armes à feu individuelles (arquebuses, mousquets) et une infanterie professionnelle organisée envoient la chevalerie médiévale aux oubliettes. À Marignan en 1515, l’artillerie de campagne et des armes à feu portatives de l’armée modernisée et disciplinée de François Ier supplantent les mercenaires suisses, leurs piques et leurs armures.

Sales guerres

La Renaissance est aussi le temps de violences extrêmes. « Pour le XVIe siècle, sur 245 capitulations recensées en Europe occidentale, essentiellement en France, 110 sont marquées par des exactions. Pillages et viols sont devenus la norme. » Le site Web Parabaino.com évoque le discours tenu en 1672 à ses troupes par le duc de Luxembourg (à la tête des troupes de Louis XIV occupant les Pays-Bas actuels) : « Allez mes enfants, pillez, tuez, brûlez et s’il se peut faire quelque chose de plus violent et de plus exécrable, n’y manquez pas… »

En 1515, l’armée moderne de François Ier écrase les Suisses à Marignan (Italie) © Gamma-Keystone via Getty Images

Coups de poings

Les violences urbaines caractérisent aussi l’époque. Souvent ritualisées. Diane Roussel les décrit dans « Violences et passions dans le Paris de la Renaissance » : « Des groupes de jeunes artisans et boutiquiers se réunissent la nuit pour des actes de violence codifiés (lancers de pierres, rixes) qui marquaient leur groupement et leur territoire, parfois en marge des fêtes et métiers. » Le duel à l’épée, héritier des tournois médiévaux, connaît un véritable engouement, les compagnies d’archers/arquebusiers organisent des exercices de tir et des compétitions, les « nobles jeux » (encore commémorés de nos jours à Visé, près de Liège). Non, la violence des œuvres comme « Le Massacre des Innocents » de Brueghel l’Ancien ou « Judith décapitant Holopherne » du Caravage n’a rien à envier aux réalités quotidiennes de la Renaissance.

Si le tableau de Breughel l’Ancien « Le Massacre des Innocents » s’inspire d’un épisode biblique, l’artiste l’a dépeint de manièrecontemporaine pour dénoncer les violences des troupes espagnoles envoyées en Flandres pour mater les révoltes protestantes

Cet article est paru dans le Télépro du 1/1/2026

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