Yougoslavie, l’espoir déçu

Devenu président après la Guerre, Tito organise des parades à sa gloire, aussi grandioses que démesurées © Bettmann Archive
Stéphanie Breuer Journaliste

En 1918, les Slaves du Sud fondent l’espoir de s’unir en un seul pays. Un espoir brisé dans la violence des guerres qui ont ensanglanté l’ex-Yougoslavie dans les années 1990.

«La Yougoslavie a six républiques, cinq nations, quatre langues, trois religions, deux alphabets et un parti », disait le maréchal Tito (né Josip Broz), qui a longtemps incarné l’unité de ce pays, avant sa dislocation dans un bain de sang dans les années 1990. Trente ans plus tard, « Retour aux sources » (ce samedi à 20h35 sur La Trois) revient sur la naissance, au sortir de la Grande Guerre, du « royaume des Serbes, Croates et Slovènes ».

L’après Grande Guerre

Fin 1918, la Première Guerre mondiale s’achève. Dans le camp des Alliés, le royaume de Serbie, qui s’était affranchi de la tutelle ottomane en 1878, fait partie des vainqueurs. Durant le conflit, l’armée serbe, dirigée par le prince Alexandre – son père Pierre, malade, lui avait confié la régence du pays dès 1914 -, a libéré les Balkans. Avec l’effondrement des empires austro-hongrois et allemand, la région est en pleine reconstruction.

Les élites politiques de la région décident de créer un nouvel État. Le 1er décembre 1918, naît le « royaume des Serbes, Croates et Slovènes », dont le prince Alexandre prend naturellement la tête. Réunies à la conférence de Versailles, les grandes puissances reconnaissent ce nouvel ensemble, rassemblant la Serbie, le Monténégro, certaines régions de l’Empire austro-hongrois défait, comme la Croatie, la Bosnie et la Slovénie, et la Macédoine, possession de l’ancien « homme malade de l’Europe ». Pour la première fois dans l’Histoire, les Slaves du Sud forment un seul et même pays.

Alexandre 1er de Yougoslavie, ancien prince de Serbie, vers 1920 en Serbie © Gamma-Rapho via Getty Images

Union fragile

Mais cette union est fragile. Car les peuples de ce royaume n’ont jamais vécu ensemble auparavant. Et rapidement, des revendications apparaissent. « Confronté à la montée des troubles, le roi Alexandre Ier suspend la Constitution le 6 janvier 1929 et prend les rênes du gouvernement dans ce qui ressemble à une dictature royale », écrit Alban Dignat sur Herodote.net. « Il change aussi le nom de la fédération pour celui de Yougoslavie (ce qui signifie en serbo-croate « pays des Slaves du Sud ») afin de souligner sa vocation à rassembler tous les Slaves de la région, mais ce changement d’appellation ne supprime pas les clivages… »

Fondé par le député croate Ante Pavelić, le mouvement terroriste des Oustachis lutte contre l’hégémonie serbe. En 1934, celui-ci est à l’origine de l’assassinat du roi, à Marseille. « Les tensions entre Croates et Serbes vont s’exacerber sous le règne de son fils Pierre II (11 ans à son avènement) et redoubler de violence pendant la Seconde Guerre mondiale », poursuit l’historien. « Après le conflit, il faudra toute la poigne de Tito pour rétablir une entente apparente au sein de la fédération. »

Inventeur du titisme

Ce fils de paysan, devenu chef de la résistance à l’Allemagne nazie pendant la Guerre, va y parvenir pendant plus de trois décennies. Le maréchal Tito devient, en 1945, président à vie de la Yougoslavie – désormais république – et instaure un véritable culte de sa personnalité. Refusant la tutelle de Staline, sans pour autant répondre aux sirènes du capitalisme, il engage son pays dans une troisième voix, celle de l’autogestion et du non-alignement.

En mai 1980, lorsqu’il s’éteint, après trente-cinq ans au pouvoir, toute la population pleure la mort de cet orateur talentueux et fin tacticien, qui aura réussi à consolider un pays qui ne va, pourtant, pas lui survivre. En effet, onze ans plus tard, la Yougoslavie est déchirée par une guerre meurtrière et se désintègre dans la plus barbare des violences…

Cet article est paru dans le Télépro du 27/11/2025

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