Salvador : une démocratie dans une main de fer

Au Salvador, le président Nayib Bukele pourrait être élu à vie à la tête du pays © Getty Images

Pour lutter contre la criminalité, l’état d’urgence est décrété depuis trois ans dans ce pays. Les immenses prisons affichent complet, les droits de l’homme sont menottés ! Ce samedi à 21h05 sur France 5, «Échappées belles» sera consacrée au Salvador.

Sa réputation de région parmi les plus violentes de la planète, aujourd’hui, le Salvador en rit. Pas rien que pour le plaisir du jeu de mots (en référence à Henri Salvador…). En quelques années, ce pays d’Amérique centrale est passé d’un taux de criminalité record à des statistiques dignes d’un (presque) paradis sécuritaire. Chronique d’un revirement spectaculaire et de ses conséquences.

Guerre civile

Depuis des décennies, les inégalités profondes entre une minorité très riche et une majorité pauvre alimentent les tensions sociales. De 1980 à 1992, une guerre civile déchire le pays. Le gouvernement militaire (soutenu par Washington) et la guérilla de gauche (financée par Cuba et le Nicaragua, alliés du bloc soviétique) se rendent coup pour coup. Exécutions sommaires, disparitions, massacres par des escadrons de la mort : près de 75.000 civils perdent la vie. La paix signée, le pays n’en a pas pour autant fini avec les bains de sang. Les gangs prennent le relais.

Années noires

À la fin de la guerre civile, la pauvreté, les inégalités, la corruption et l’instabilité politique contribuent à l’essor de gangs. Ils font régner la terreur au Salvador. Face aux trafics, au racket et aux assassinats, un groupe d’autodéfense contre ces bandes fait son apparition, la Sombra Negra, l’Ombre Noire. Elle est constituée « d’anciens soldats, policiers et autres membres des forces de sécurité, désabusés par l’incapacité du gouvernement à résoudre le problème des gangs », explique la plateforme Vocal.media. Les deux camps s’opposent. Crimes et représailles se multiplient. Changement de cap.

Nayib Bukele

Le 1er juin 2019, Nayib Bukele devient président de la République. Maire de San Salvador, le politicien de 37 ans hérite d’un pays gangrené par cette situation explosive. « 54.000 membres des deux maras (« gangs ») toujours en activité, un taux de 51 homicides pour 100.000 habitants : c’est l’un des pays les plus violents du monde en dehors des zones de guerre », résume à l’époque Le Monde. Le défi semble immense. L’enfant terrible de la politique salvadorienne le relève. Dès sa prise de fonction, il s’attaque frontalement au problème des gangs. Son objectif : éradiquer les « maras ». Sa méthode pour y parvenir : une politique sécuritaire ultra stricte.

État d’urgence

Dans un premier temps, son gouvernement entame des négociations secrètes (démenties par Bukele) avec les organisations criminelles. Selon une enquête du quotidien El Pais, les pourparlers prévoyaient des conditions de détention moins strictes et des avantages financiers pour les leaders des gangs en échange d’un soutien politique lors des élections. En mars 2022, une flambée d’homicides fait 87 victimes. Les négociations sont rompues. Le président décrète l’état d’urgence généralisé. Des libertés civiles sont suspendues, des arrestations massives ont lieu, les droits à la défense sont limités, la présence policière et militaire augmente. « Ce contexte a permis l’arrestation de 86.000 (présumés) membres de gangs (ndlr : des méga prisons « accueillent » jusqu’à 40.000 détenus), portant un coup dur à la structure, aux opérations et aux sources de financement des gangs », estime un rapport du CGRA (Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides).

100.000 détenus

Le taux de criminalité est passé à 1,9 pour 100.000 habitants l’année dernière. Avec plus de 100.000 détenus (1,14 % de la population totale), le pays détient le plus haut taux d’incarcération de la planète. Prévu pour durer un mois, le régime d’exception est continuellement renouvelé. Quant à Nayib Bukele, il est désormais autorisé à se représenter éternellement à la présidence. Aujourd’hui le Salvador est perçu comme une des zones les plus sûres du monde au prix de controverses sur les droits humains et l’État de droit.

Cet article est paru dans le Télépro du 1/1/2026

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici