Services secrets, il n’y a pas que la CIA

Savoir avant d’agir : le credo des services secrets © Getty Images/iStockphoto
Rodophe Masuy Journaliste

Ils n’avancent pas en uniforme et ne déclarent jamais la guerre. Pourtant, les services de renseignement frappent loin, parfois très loin. De l’Iran à l’Ukraine, plongée dans un monde où l’information vaut plus qu’une armée. Un sujet évoqué également ce vendredi à 19h30 sur Arte dans «Le Dessous des cartes».

« Connaître les secrets d’une personne, c’est déjà commencer à se l’approprier. » À l’échelle des États, cette maxime résume toute la logique du renseignement. Aujourd’hui, la puissance ne se mesure plus seulement en missiles, mais aussi dans la capacitéà collecter, analyser et exploiter l’information. On pense évidemment à la CIA américaine, au MSS chinois et au FSB russe. Ils sont capables d’agir sur tous les terrains, du militaire au cyber-espace. Le Mossad israélien et le MI6 britannique incarnent, eux, une autre forme d’excellence : celle de l’efficacité opérationnelle, fondée sur des missions ciblées, rapides et souvent spectaculaires. La CIA et la DGSE française se singularisent par une approche globale, couvrant l’ensemble du spectre du renseignement, tandis que la Chine et la Russie excellent particulièrement en matière de cyber-espionnage.

Nuisances iraniennes

Mais le paysage mondial ne se limite plus à ces acteurs historiques. Vendredi sur Arte, « Le Dessous des cartes » révèle la montée en puissance de services issus de puissances régionales comme la Turquie, les Émirats arabes unis ou l’Iran. Dans le cas iranien, justement, les experts évoquent « leur pouvoir de nuisance ». C’est ce que racontent le juge Michel Claise et l’avocat Ali Amerian dans « Le Parfum du safran » (Genèse Édition), un roman ancré à Bruxelles, mais nourri de faits bien réels. Les auteurs décrivent la stratégie clandestine iranienne. L’actualité internationale leur fait écho : l’Australie vient de renvoyer l’ambassadeur iranien. En cause ? Deux attaques antisémites perpétrées l’an dernier contre un restaurant casher à Sydney et une synagogue à Melbourne, attribuées aux services secrets iraniens. Leur mode opératoire est connu. Ils ont recours à des intermédiaires locaux, criminels ou exécutants recrutés sur place, afin de masquer toute implication directe de Téhéran. Une forme « d’ubérisation » du sabotage déjà observée dans certaines opérations russes.

L’Ukraine dans la bataille

Si les services secrets n’ont pas la force militaire d’une armée conventionnelle, ils doivent alors savoir frapper loin et fort. L’Ukraine en apporte une démonstration éclatante en éliminant des hauts gradés russes à des centaines de kilomètres du front ou en attaquant des pétroliers de la « flotte fantôme » russe très loin du sol natal. Dernier fait d’armes notable ? Les Ukrainiens ont dernièrement endommagé un sous-marin russe sophistiqué en piratant les systèmes de sécurité du port afin de frapper leur cible en toute impunité.

Les renseignements ne sont pas utiles qu’en temps de guerre. Vous êtes-vous déjà demandé comment on arrête des terroristes avant qu’ils ne commettent leurs méfaits ? Dernier avatar en date : en Allemagne, cinq hommes soupçonnés de préparer un attentat à la voiture-bélier contre un marché de Noël ont récemment été arrêtés. Ce type de succès repose sur une mécanique désormais bien rodée : renseignement humain, surveillance des communications, analyse comportementale et coopération internationale. Car les projets d’attentat laissent presque toujours des traces, humaines ou numériques.

Cellule européenne

Quant à l’Union européenne, elle désire aussi monter en puissance dans ce domaine. C’est pourquoi elle prépare la création d’une cellule de renseignement au sein de la Commission, placée sous l’autorité directe d’Ursula von der Leyen. Sans l‘ambition de créer un « CIA européen », l’objectif serait de « mieux coordonner et exploiter les informations fournies par les États membres, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes ». Un projet sensible, encore discuté en coulisses, tant le partage du secret reste l’un des derniers tabous de l’Europe.

Cet article est paru dans le Télépro du 1/1/2026

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