Ariane Ascaride, actrice fétiche de Guédiguian et femme engagée

Ariane Ascaride, actrice fétiche de Guédiguian et femme engagée
AFP

Ariane Ascaride, récompensée samedi par le prix d’interprétation à la Mostra de Venise pour son rôle de mère courage dans « Gloria Mundi », est une femme engagée et l’actrice fétiche de Robert Guédiguian, avec qui elle a travaillé sur vingt films depuis les années 80.

« Je suis petite fille d’émigrés italiens, qui sont partis pour chercher une vie meilleure et fuir la misère », a raconté en italien l’actrice de 64 ans, émue, en recevant son prix.

Ajoutant que c’était un prix qui lui donnait « la possibilité de retrouver ses racines », elle l’a dédié aux migrants morts en mer, « ceux qui vivent pour l’éternité au fond de la Méditerranée ».

Dans « Gloria Mundi », film sombre qui décrit les dérives de l’ultralibéralisme et l’individualisme de la société d’aujourd’hui, elle incarne Sylvie, femme de ménage sur des bateaux à Marseille, qui refuse de faire la grève et veut tout faire pour aider sa famille.

Alors que sa fille Mathilda (Anaïs Demoustier), qu’elle a élevée seule, vient d’avoir un bébé, une série de revers va faire basculer cette famille précaire dans la galère.

« Elle est en survie. C’est quelqu’un qui veut avant tout que sa famille puisse continuer à exister, qu’on ne tombe pas de Charybde en Scylla », a-t-elle expliqué à l’AFP au sujet de son personnage.

« C’est quelqu’un qui se bat, mais qui se bat d’une manière complètement individuelle, avec son instinct », avait ajouté l’actrice, qui n’a pas hésité à chanter l’hymne du Parti communiste italien lors de la conférence de presse. « Les gens ont compris qu’on est de gauche », avait alors plaisanté l’acteur Jean-Pierre Darroussin.

Née le 10 octobre 1964 à Marseille, fille d’une employée de bureau et d’un représentant en cosmétiques, Ariane Ascaride étudie la sociologie à l’université d’Aix-en-Provence. Là, elle s’engage dans le syndicat étudiant UNEF, et rencontre il y a plus de 40 ans Robert Guédiguian, qui deviendra son mari.

« Je ne serai pas arrivé là si Ariane n’était pas venue faire une intervention syndicale dans mon amphithéâtre », racontait le cinéaste au journal Le Monde, expliquant qu’il l’avait ensuite suivie à Paris.

Un César en 1998

Entrée au Conservatoire de Paris, elle débute ensuite au théâtre en 1970 dans les pièces de son frère Pierre Ascaride. Elle se dirige ensuite vers le cinéma, où elle joue son premier véritable rôle dans « La Communion solennelle » (1977) de René Féret.

Ariane Ascaride à la Mostra de Venise

Elle commence à jouer dans les années 80 dans les films de Robert Guédiguian: « Dernier été » (1980), puis « Rouge midi » et « Ki lo sa? » (1985) et « Dieu vomit les tièdes » (1989).

Si elle travaille aussi avec d’autres réalisateurs, comme Olivier Ducastel et Jacques Martineau (« Drôle de Félix »), Dominique Cabrera (« Nadia et les hippopotames »), Emmanuel Mouret (« L’art d’aimer ») ou encore Eléonore Fauchet (« Brodeuses »), et joue régulièrement au théâtre ou à la télévision, au total, Ariane Ascaride jouera dans vingt films de son mari.

C’est l’un d’entre eux lui vaut le César de la meilleure actrice en 1998, « Marius et Jeannette », une histoire d’amour à l’accent marseillais, dans laquelle elle incarne une caissière de supermarché qui va rencontrer un autre être meurtri.

« Les gens ont besoin qu’on leur parle de leurs préoccupations. Je dédie ce César à toutes les femmes anonymes comme Jeannette », avait dit cette petite femme discrète mais déterminée, au sourire doux, mère d’une fille, en recevant son César.

Viendront ensuite d’autres films de Robert Guédiguian, dont « Marie-Jo et ses deux amours », « Le Voyage en Arménie », ou plus récemment « Une histoire de fou » et « La Villa ».

Autant de films où elle retrouve toujours la même famille d’acteurs, de Gérard Meylan à Jean-Pierre Darroussin en passant par Anaïs Demoustier.

Robert Guédiguian « laisse la liberté de proposition de l’acteur, par rapport au personnage qu’il lui donne », dit-elle.

« On n’est pas des exécutants, on est des créateurs. Et après, ce qui est génial, comme on se connaît très bien, c’est qu’on n’a pas besoin de se parler. On arrive et on y va. Et ça, c’est que du pur plaisir ».

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici