Fake news : le business du faux

Si les fausses nouvelles sont vieilles comme le monde, le Net leur a donné en deux clics une résonnance mondiale © Isopix

Ce jeudi à 23h sur France 2, «Complément d’enquête» dévoile les dessous très lucratifs de l’industrie du mensonge.

Vélès. Un ville d’environ 40.000 habitants au cœur de la Macédoine du Nord. Polluée, désertée par l’industrie, abandonnée par les jeunes en quête de travail : un trou perdu… jusqu’en 2016. Cette année-là, un vent nouveau souffle sur la ville. Il vient des États-Unis, ce sont les élections présidentielles qui le portent et il s’appelle fake news…

En août, des journalistes du quotidien britannique The Guardian identifient sur Internet plus de 150 noms de domaines enregistrés dans cette ville. WorldPoliticus.com, TrumpVision365.com, USConservativeToday.com… tous surfent sur la Trump mania.

«Le courrier électronique illégal d’Hillary», «Comment les démocrates ont tué l’Amérique»… : à coups de titres racoleurs sur fond de fausses informations, ils courtisent les internautes américains et leurs liasses de dollars.

Le jackpot

«Comment Facebook alimente des machines à sous pour d’obscurs sites d’actualités politiques», titre à l’époque The Gardian. Le principe est simple, un jeune internaute macédonien le décrit pour l’European Trade Union Institute. 1. Acheter un nom de domaine. 2. Créer sa page Web. 3. Chercher des nouvelles, fausses ou pas. «Tu ajoutes « Shocking » (Choquant) ou « Breaking news » (Dernières nouvelles), tu publies sur des groupes Facebook pro Trump et tu attends…», explique le jeune homme.

Attendre quoi ? Les clics sur le texte puis sur les publicités… et la planche à billets commence à tourner. Le témoin estime avoir empoché 65.000 € en quelques mois, d’autres auraient engrangé plus d’1 million ! Pas mal dans un pays ou le salaire mensuel moyen n’atteint pas 400 €…

Plus vieux métier

Vélès n’est qu’un exemple parmi d’autres. L’industrie de la fausse info en ligne est florissante et sans frontière. Depuis l’apparition de l’expression «fake news», ses prédécesseurs «propagande» ou «désinformation» semblent avoir pris un coup de vieux.

Pourtant, répandre des (fausses) rumeurs est vieux comme le monde. La seule nouveauté dans le phénomène – et elle est de taille ! – est le moyen de communication. Avec le Net et les réseaux sociaux, le potentiel de nuisance et de propagation des mensonges s’est considérablement élargi.

Triangle infernal

Selon Trend Micro, leader mondial de la cybersécurité, la mécanique de ce marché repose sur «le triangle des fausses nouvelles». Premier côté du triangle : disposer des outils et des services permettant de donner au «fake» l’aspect du «vrai». La Russie fait office de supermarché dans le domaine. Sur le «dark Web» (l’Internet crypté et amoral), les ténors du secteur vantent leurs qualités pour manipuler des votes, créer un faux site Internet ou détruire une réputation.

Deuxième élément indispensable : les médias sociaux (Facebook, Instagram…), qui permettent de toucher un maximum d’utilisateurs dans le monde entier.

Le dernier côté du triangle a trait aux motivations. Elles peuvent être politiques, financières, psychologiques, sociales. En fonction de celles-ci, le client choisit dans la panoplie proposée, selon ses objectifs et ses moyens financiers.

Demandez le tarif

D’après un rapport de Trend Micro, devenir une célébrité avec 300.000 abonnés sur son compte Web coûterait environ 2.000  €. Discréditer un journaliste ? Un peu plus de 45.000 € pour la version «full options» : vidéos truquées, campagne de diffamation avec 50.000 retweets, etc. Aider à lancer une manifestation de rue vaut près de 170.000  €. S’il s’agit d’influencer une élection, la facture montera à 350.000 €  ! Fausses infos, vrai business…  

Butin complotiste

Ce numéro de «Complément d’enquête» à ne pas manquer (jeudi à 21.05 sur France 2) lève aussi le voile sur le financement du complotisme. L’émission de Tristan Waleckx révèle quelques chiffres sur le très controversé documentaire «Hold-up» : 6 millions de vues en douze jours et 300.000 € de dons récoltés par son réalisateur sur les plateformes de crowdfunding. Et ceci n’est pas une fake news…

Cet article est paru dans le Télépro du 26/8/2021

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