Supermarchés, méga guerre des prix

Les perspectives ne sont pas réjouissantes dans un pays où le secteur emploie 650.000 personnes © Getty Images

Pour continuer à attirer les clients, la concurrence fait rage entre les enseignes. Ce lundi à 20h35, La Trois diffuse le documentaire «Hypermarchés, la chute de l’empire».

L’alerte est lancée en Flandre dès l’été dernier. «La guerre des prix menace la rentabilité des supermarchés», déclare buurtsuper.be dans un communiqué relayé par l’agence Belga. Cette organisation regroupe les supermarchés indépendants et de proximité au sein d’Unizo, l’Union des entrepreneurs indépendants de Flandre et de Bruxelles.

Sa montée d’adrénaline est provoquée par une décision de la chaîne de supermarchés Delhaize : réduire les prix de 5 à 30 % sur cinq cents produits de base de sa propre marque. Pour Buurtsuper.be, des actions de ce type visent à «sauvegarder à tout prix les parts de marché». Selon l’organisation, dans un contexte économique où la rentabilité est déjà dramatiquement basse, cette politique «met tout le secteur de la grande distribution en danger» et aura des répercussions sur le monde agricole. Comment en est-on arrivé là ?

Cruelle douloureuse

Souvenez-vous. Au début de l’année dernière, dans les grandes surfaces, des produits manquent, des rayons entiers sont vides. Les conséquences de la guerre en Ukraine sont visibles. Certains produits alimentaires (comme les dérivés du blé) font défaut, les prix s’emballent. Ceux de l’énergie aussi. Résultat sur le ticket de caisse : la douloureuse n’a jamais aussi bien porté son nom.

Le magazine de défense des consommateurs Test-Achats a passé au crible l’évolution des prix de trois mille produits dans sept chaînes de supermarchés. De novembre 2021 à novembre 2022, le prix du caddie moyen d’un ménage de deux personnes a grimpé de 75 €, passant de 413 à 488  € par mois. Ajoutez à cela l’indexation des salaires du personnel : les prix de certains produits flambent. Quelques exemples : crevettes grises +61 %, papier d’aluminium +50 %, frites surgelées +47 %. L’augmentation moyenne est de 24 % pour les produits laitiers, de 18 % pour les légumes et la viande.

Pour faire face, les consommateurs s’adaptent. Selon l’agence d’études de marché et de sondages iVOX, trois Belges sur cinq font notamment leurs achats en fonction des promotions. Une autre statistique n’a pas échappé au secteur : un Belge sur quatre a changé de supermarché ou combine plusieurs magasins pour trouver l’offre la plus intéressante. Comment attirer les clients ? Retour à la guerre des prix.

Concurrence féroce

Si différentes analyses semblent indiquer que les enseignes réputées à bas prix «résistent le mieux», Colruyt (et sa politique de prix les plus bas) a toutefois vu ses bénéfices réduits de moitié. Son PDG, Jef Colruyt, s’attend à une nouvelle baisse de résultats cette année. Du côté de Carrefour, Alexandre Bompard, le patron du groupe, mise «sur le discount, la baisse de coûts et la réduction d’effectifs». En 2023, les produits de la marque propre à l’enseigne seront plus nombreux dans les rayons (de 33 à 40 %), tandis que le nombre de références (de produits différents) va diminuer. Les achats chez les producteurs vont donc être massifiés, ce qui permettra de négocier leurs prix à la baisse.

Pour le groupe français, 2023 sera aussi l’année de l’apparition en Europe de son enseigne brésilienne Atacadao, des magasins-entrepôts à la fois grossistes et supermarchés. Les produits y seront proposés aux professionnels et aux particuliers dans des conditionnements de plusieurs litres ou plusieurs kilos, le tout à des prix environ 15 % moins élevés qu’ailleurs.

Dans ce contexte tendu, la Belgique ne fait pas exception. Buurtsuper.be estime que les supermarchés indépendants (70 % de l’ensemble des enseignes du pays) subiront de lourdes pertes cette année. Dans le quotidien Het Nieuwsblad, l’expert en commerce de détail Pierre-Alexandre Billiet n’excluait pas «une vague de licenciements et de faillites». Les supermarchés emploient 650.000 personnes dans notre pays…

Cet article est paru dans le Télépro du 9/3/2023

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