À la gloire de Franco : le mausolée de la honte

Mausolée de la vallée de los Caídos © Isopix

En octobre 2019, le cercueil de Franco quittait son mausolée de la Vallée de los Caídos. En revenant sur cet événement, sur les pages sombres de l’Espagne franquiste et sur l’indignation que provoque le monument, le magazine de La Trois «Retour aux sources» (ce samedi à 21h05) rend hommage à ceux que l’on nomme «Les Oubliés de l’Espagne».

Non loin de Madrid, un monument à la gloire du franquisme n’en finit pas de faire polémique… En se baladant à travers l’Europe, personne n’imagine croiser une statue de Hitler ou un monument à la mémoire de Mussolini. Et pourtant… En Espagne, on visite toujours El Valle de los Caídos : un édifice à la gloire de Franco et du franquisme, qui abrite 33.833 corps humains, souvent volés à leur famille. Ce sont «Les Oubliés de l’Espagne».

Travaux forcés 18 juillet 1936.

Le général Francisco Franco lance un coup d’État militaire contre le gouvernement de Front populaire élu quelques mois auparavant. C’est un échec. Une partie de l’Espagne reste fidèle aux idéaux de la République. S’ensuit une terrible guerre civile. En avril 1939, grâce au soutien actif de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie, Franco finit par remporter la partie. Les derniers Républicains sont alors victimes d’une répression sanglante… C’est à ce moment-là que Franco décide de construire El Valle de los Caídos – la vallée de ceux qui sont tombés. En pleine montagne, à une cinquantaine de kilomètres de Madrid, le monument est érigé à la gloire des combattants franquistes. C’est une basilique creusée dans la roche, surmontée d’une immense croix à laquelle on accède par un funiculaire. Le tout réalisé par des prisonniers républicains condamnés aux travaux forcés. Inaugurée en avril 1959, la basilique est consacrée par le pape Jean XXIII.

Devant l’autel

Franco fait transférer dans le monument le corps de 30.000 victimes de la guerre civile. Au départ, ce sont des hommes de son camp. Mais il exige ensuite le transfert de plusieurs milliers de Républicains. Il s’agit de communistes et de socialistes, parfois syndicalistes ou francs-maçons, pour la plupart arrêtés et exécutés sommairement par l’État franquiste. Les familles ne sont pas averties du transfert des corps. De toute façon, personne n’oserait broncher. En novembre 1975, lorsque Franco décède, c’est également au Valle de los Caídos qu’il est inhumé. Son corps repose dans la nef centrale de la basilique, devant l’autel.

Exhumations

Franco a désigné son successeur en la personne du jeune roi Juan Carlos. Avec lui, une monarchie constitutionnelle se met en place et l’Espagne cherche la voie de la réconciliation nationale. Mais il reste beaucoup d’afficionados du dictateur. Et la Valle de los Caídos demeure l’un des sites les plus visités d’Espagne. Alors que c’est la plus grande fosse commune du pays… Le sujet est ultrasensible. Plusieurs gouvernements vont s’y casser les dents. En octobre 2019, Franco est finalement exhumé pour rejoindre son épouse dans un cimetière plus discret de la banlieue madrilène. Les descendants des Républicains exigent maintenant de récupérer la dépouille de leur proche. Pour eux, l’Espagne ne sera pas une véritable démocratie tant que le dernier corps n’aura pas été exhumé de cette fosse pour être rendu à sa famille.

Article paru dans Télépro du 29/04/2021

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