Menaces en ligne : victimes de cyberharcèlement, les stars montent au créneau

Pour Megan Fox, 36 ans, être star aujourd’hui, c’est être intimidé par des millions de personnes en permanence ! © Isopix

Insultes, moqueries, intimidations jusqu’aux menaces de mort: les messages postés sur les réseaux sociaux peuvent être toxiques, tant pour les anonymes que pour les célébrités. Tous clament : «Ça suffit !» Peu sont entendus.

Les on-dit calomnieux existent depuis la nuit des temps. «Mais il y a maintenant plus d’opportunités pour quiconque d’intervenir sur n’importe quel sujet», relève le professeur suédois Mathias Klang, spécialisé dans l’impact social de la technologie numérique (*), interviewé par le Washington Post. «Individuellement, une remarque serait juste une critique, mais quand 100.000 personnes tweetent que vous avez fait quelque chose de mal, c’est de la diffamation de masse!» Les stars y seraient d’autant plus exposées que les réseaux sociaux font partie de leurs «obligations» marketing. Cela les rend plus puissantes, mais aussi plus vulnérables.

Taux de suicide

L’avènement des Instagram et autres Twitter a changé la donne. Comme le note l’actrice américaine Megan Fox en redéfinissant le statut de star: «Qu’est-ce que la notoriété, désormais ? C’est être intimidé par des millions de personnes en permanence!» Avec d’autres artistes, dont Jada Pinkett Smith dès 2013, la comédienne dénonce, depuis des années, les dérapages et souligne la mise en danger de nombreux jeunes gens. «Déjà dans une analyse de 2014, des chercheurs constataient que la cyberintimidation était plus fortement liée au suicide que l’intimidation traditionnelle», note le Dr. Pamela Rutledge, du Media Psychology Research Center, dans Psychology Today. «Tout le monde, célébrité ou non, veut être aimé. Ce besoin se heurte à la technologie actuelle. Nos esprits sont-ils capables de s’adapter à ce changement rapide ?» Les répercussions sont très inquiétantes. En août dernier, Tom Holland (26 ans), héros de la trilogie «Spiderman», a parlé d’altération de sa santé mentale : «J’ai quitté toutes les plateformes parce qu’elles sont écrasantes. Je partais en vrille à force de lire des méchancetés sur moi en ligne. C’était préjudiciable à mon état mental.»

Double emploi

Millie Bobby Brown, 18 ans, de la série «Stranger Things» et des deux «Enola Holmes» (Netflix), pose elle aussi la question de l’estime de soi. «C’est vraiment difficile d’être détestée quand on est jeune et qu’on ne sait pas encore qui on est», confie-t-elle dans le Glamour britannique. «On se dit: Qui suis-je censée être ?» Malgré ces effets pervers, la jeune femme se dit attachée aux réseaux sociaux, illustrant là le revers de la médaille : «Les plateformes m’ont aussi aidée à combattre mon sentiment d’isolement, à être en contact avec mes fans, leurs encouragements et compliments…»

Amour-haine

Mannequin et présentatrice télé américaine, Chrissy Teigen évoque à son tour ce paradoxe: «Honnêtement, je dois tellement à ces communautés virtuelles ! Je considère certains de mes abonnés comme de vrais amis.» Ce qui ne l’a pas empêchée, en mars 2021, de s’extraire des réseaux sociaux, comme elle l’avait déjà fait en 2014 après des menaces de mort, puis fin 2020 après une fausse-couche. Mais elle y est revenue quelques semaines plus tard ! «C’est terrible de perdre tant de potes à la fois, de ne plus rire et surtout de se taire.» Car la dame a toujours eu l’habitude de faire des plateformes des tribunes pour commenter l’actualité.

Énergie négative

Malgré les retours de flamme (dont des prises de bec avec des personnalités, notamment Donald Trump) et sa souffrance («On ne peut pas lire qu’on a déçu d’une manière ou d’une autre, sans absorber physiquement cette énergie négative»), la jeune maman de 37 ans (son troisième enfant est né le 13 janvier) a décidé de rester sur les plateformes. «Je dois accepter le fait que certaines personnes ne vont pas m’aimer. Je dois me faire à ces relations amour-haine.» Selena Gomez, 30 ans, est également consciente des dangers : «Les commentaires vont parfois si loin qu’ils touchent mon âme.» Et de préciser au New York Times : «Les intimidateurs en ligne trouvent un moyen de cibler exactement ce que je n’aime pas chez moi. C’est très blessant. (…) Je supprime l’application de mon téléphone au moins une fois par semaine pour souffler. Téléphone que j’utilise d’ailleurs de moins en moins…»

Pas pour Adele !

La chanteuse Adele, 34 ans, a pris une décision radicale. «Je n’utilise plus les réseaux sociaux. Ils sont faits pour créer une dépendance, on a vite fait de se laisser prendre au jeu. J’hésite à interagir avec des inconnus. Je ne veux pas parler à des gens que je ne connais pas. J’ai besoin d’une présence humaine !» Son homologue française, Louane Emera (26 ans), victime de critiques grossophobes, s’est fait une raison : «Ce sont des gens qui ont du temps à perdre. Je suis triste pour eux.»

Injures aggravées

Lorsqu’il y a dépôt de plainte, celle-ci n’aboutit pas toujours. Comme en témoigne le récent cas de la chanteuse Hoshi. Cible de milliers de messages injurieux, notamment homophobes, l’artiste de 26 ans a déposé une plainte en 2020 pour «injures aggravées, harcèlement moral en meute, menaces de mort et de viol». La semaine dernière, elle a exprimé tout son désarroi en affirmant que «sur ces milliers de messages reçus, sur toutes les personnes retrouvées, une seule sera potentiellement convoquée à un procès au mois de juin.» Et de s’adresser aux autorités : «N’attendez pas que ça finisse mal avant de vous intéresser aux dossiers !»

Peines de trois à six mois de prison

Le chanteur Eddy de Pretto, 29 ans, a eu plus de chance, fin 2022, quand onze personnes qui l’avaient conspué en ligne ont écopé de peines de trois à six mois de prison avec sursis. «J’ai eu très peur de sortir de chez moi, je souffrais de troubles du sommeil, de dépression, je n’arrivais pas à comprendre cette violence», a-t-il déclaré. Aux États-Unis, en 2018, la chanteuse Lana Del Rey a également vu son harceleur, qui la suivait en ligne et dans son quartier, condamné à un an derrière les barreaux.

Savoir se protéger

Ce ne serait apparemment pas suffisant sur le plan moral. «Avoir des défenseurs ne compense pas les émotions négatives», conclut cependant Pamela Rutledge. «Nous avons tendance à ruminer le pire, surtout lorsque nous sommes sensibles. Les plateformes de médias sociaux sont mal équipées pour lutter contre les ennemis. (…) Célébrité ou non, chaque utilisateur devrait trouver comment protéger sa santé émotionnelle et son bien-être. Personne ne peut vraiment nous protéger, à part nous-mêmes. »

Cyberharcèlement en Belgique : que faire ?

Le site www.unia.be/fr, agence interfédérale pour l’égalité des chances, fournit de nombreuses informations à propos du cyberharcèlement, des mails et des messages haineux adressés sur les réseaux sociaux et comment s’en protéger.

Cet article est paru dans le Télépro du 26/01/2023.

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