Le chevalier au dragon, cet oublié de la Table ronde

Image extraite du documentaire diffusé ce samedi sur Arte (lire ci-dessous) © Arte/Zed/Antoine Carrion
Giuseppa Cosentino Journaliste

L’histoire incroyable d’un chevalier jusqu’ici inconnu, convive de la mythique Table ronde du roi Arthur ! Ce samedi à 20h50, Arte diffuse le documentaire «Le Chevalier au dragon – Le roman disparu de la Table ronde».

Après dix ans de recherches, le médiéviste Emanuele Arioli est parvenu à mettre au jour un nouveau roman du cycle arthurien sur les aventures du chevalier Ségurant. Qui était-il ? Et pourquoi sa légende est-elle tombée dans les oubliettes ?

Découverte

On pensait les connaître tous : Lancelot du Lac, Perceval, Gauvain… Tous ? Non. Un irréductible chevalier sommeillait dans de vieux manuscrits poussiéreux. Jusqu’à ce qu’un féru de littérature médiévale souffle dessus. Arte retrace cette passionnante et patiente enquête pour lui rendre sa place à la table du roi Arthur.

Les Prophéties de Merlin

C’est en 2010, à la bibliothèque de l’Arsenal à Paris, que l’Italien Emanuele Arioli, alors universitaire, découvre un ouvrage datant du XVe siècle. Il s’intitule «Les» et n’a visiblement encore jamais été étudié. En le parcourant, le jeune homme tombe sur une enluminure représentant un mystérieux chevalier. Son nom ? Ségurant le brun, surnommé «le Chevalier au Dragon». Tremblant, le chercheur dévore ce fragment d’histoire méconnue pour savoir tout de ce chevalier qui, ensorcelé par la fée Morgane, fut condamné à poursuivre un dragon imaginaire. Sa conclusion est sans appel : «Ségurant n’est pas un simple comparse, mais un héros de roman !» Pourquoi ses exploits chevaleresques ont-ils été passés sous silence ? Sa quête du graal commence.

Un puzzle de manuscrits

Problème, le manuscrit est inachevé. Pour en recoller les morceaux, le chasseur de textes anciens se lance à l’assaut des bibliothèques les plus prestigieuses d’Europe et d’ailleurs. «En dix ans, j’ai réuni vingt-huit manuscrits qui m’ont permis de reconstituer l’histoire complète de Ségurant», confie-t-il aux Éditions Les Belles Lettres. «C’était une quête très difficile parce qu’on cherchait les aventures de Ségurant dans des manuscrits qui portent des titres très vagues – «La Quête du roi Arthur», «Les Chevaliers de la Table ronde»… -, il fallait tous les consulter ! Ségurant pouvait être potentiellement partout…»

En Italie du Nord

Le dynamique érudit parvient néanmoins à situer sa légende entre 1240 et 1279 en Italie du Nord. Elle s’inspirerait des épopées germaniques de chasseurs de dragons, tels que Sigurd ou Siegfried. Ironie du sort, le nom «Ségurant» proviendrait, lui, du latin securus, signifiant «protégé». Pourquoi ne l’a-t-il pas été ?

Passé de mode

«À la Renaissance, on oublie la légende du roi Arthur», poursuit le chercheur. «La chevalerie tombe en désuétude car les techniques de guerre évoluent. Puis, au XIXe siècle, avec l’essor du romantisme en Europe, on commence à éditer ces textes, avec un attrait renouvelé pour le Moyen Âge, la chevalerie, le féerique.» Certains chevaliers ont parcouru les siècles, comme Lancelot ou Gauvain. Alors pourquoi pas Ségurant ?

Mis à l’Index

«Lors de la Contre-Réforme au XVIe siècle, l’Église catholique met les «Prophéties de Merlin» à l’Index des livres interdits. De nombreux manuscrits contenant les aventures de Ségurant ont alors été brûlés.» Mais les fragments rescapés, ainsi mis côte à côte, dévoilent «un authentique Don Quichotte du XIII e siècle» qui, après avoir terrassé un dragon, entre à nouveau dans la légende.

Chevaliers de la Table ronde

Ces héros mythiques ont été inventés au XIIe siècle. Ils constituent un ordre légendaire au service du roi Arthur et ont été choisis pour leurs qualités physiques (prouesse, art des armes) et morales (honneur, fidélité, bonté). Leur rôle : trouver le Graal et assurer la paix du royaume. La première trace écrite de leur légende se trouve dans «Le Roman de Brut», rédigé par le poète anglo-normand Wace, en 1155. Mais, dans la littérature française, ce sont les œuvres de Chrétien de Troyes, à la fin du XIIe siècle, qui auront une influence considérable sur la diffusion du cycle arthurien.

À lire :

  • «Ségurant, roman illustré pour enfant», E. Arioli, 18,90 € (Seuil Jeunesse).
  • «Ségurant, le chevalier au dragon», E. Arioli, 13,50 € (éd. Les Belles Lettres).
  • «Le Chevalier au dragon», bande dessinée, E. Arioli, 19,99 € (Dargaud).

Cet article est paru dans le Télépro du 23/11/2023

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